top of page
CdP-testu-37.jpg

© Photo : all rights reserved

LA PEINTURE C'EST DE LA MUSIQUE

"Je ne peins pas sur de la musique, je joue de la peinture !". Mathias Duhamel aborde son travail comme celui d'un musicien qui aurait pour instrument la matière de peinture. En une vingtaine d'années, le Concert de Peinture est devenu un genre de performance artistique à part dans lequel la matière picturale est analogue à la matière musicale : éphémère.


Ne vous attendez pas à voir un tableau artistique se construire progressivement sur un fond musical mais plutôt, comme les nuages changeants dans le ciel d'un soir, à voir de la matière de peinture se fondre en musique et traverser le temps du concert en se transformant sans cesse jusqu'à s'évanouir dans un silence visuel. En effet, dans les performances de Mathias Duhamel, comme dans l'exécution d'une musique, la peinture se déroule dans le temps et non dans l'espace de la toile. Du début à la fin de la performance, sur un même support, Mathias Duhamel fait apparaître puis disparaître des matières, des formes et des couleurs. L'œuvre est une succession de scènes en mouvement dont chacune recouvre la précédente.

 

L'expression "Concert de Peinture"® est une expression analogue à celle de "Concert de Piano". Le premier mot définit ce qui est offert, le second définit l'instrument qui permet le partage. L'instrument de Mathias Duhamel est donc clairement la "matière de peinture" et non la peinture en tant que résultat pictural.

Redéfinir la peinture

Si l'anglais distingue "painting" (le tableau artistique) de "paint" (la matière de peinture), le vocabulaire de la langue française utilise le même mot "peinture" pour ces deux sujets, ce qui accentue une confusion qui a toujours conditionné notre vision de la peinture. On attend toujours d'un peintre qu'il produise un résultat à contempler que l'on peut accrocher sur un mur. Or, pour le peintre, la peinture est avant tout une "matière" qu'il utilise pour l'acte de peindre. Peindre est pour lui un processus de création, éphémère, qui se déroule dans sa tête et par ses mains, dans le temps précis où il réalise son œuvre. Tout ce qui suit cet instant relève davantage de la valorisation de l'œuvre vis-à-vis du regard des autres, une sorte de vibration qui se prolonge et se partage, et même se commercialise, mais, pour l'artiste, la création elle-même est terminée. En clair, ce n'est pas parce qu'on utilise une toile et des pinceaux qu'il faut nécessairement répondre à la norme attendue : réaliser une peinture agréable à l'œil. Comme le dit très bien l'écrivain Jean-Baptiste Andréa : "L'art est la possibilité d'échapper à toutes les normes".

 

Tout défilement est de la musique

 

Une musique vibre et nous fait vibrer parce qu'elle est avant tout un défilement d'unités dont la perception globale laisse une trace émotionnelle. Nous comprenons facilement un défilement de notes, de sons. En élargissant le principe, une musique peut-être aussi un défilement de choses, d'objets, de mots, d'images, de gestes, de fragments de peinture. Les poètes parlent de la "musique des mots" parce que leur diction en mouvement est précisément ce qui procure l'émotion. Mathias Duhamel défend une vision musicale de la peinture. Une vision en mouvement, diamétralement opposée à la vision statique d'une peinture achevée et à contempler.

 

 

L'intention gestuelle

Mathias Duhamel emprunte aux musiciens, aux chefs d'orchestres, aux danseurs, aux comédiens, la nécessaire gestuelle des intentions de jeu sans laquelle aucune émotion réelle ne pourrait s'exprimer.

Les gestes déclenchés par des intentions sont des impulsions nécessaires qui propulsent la matière sonore ou visuelle plus loin ou plus profondément. Pour créer, des artistes peintres célèbres, comme Jackson Pollock ou Fabienne Verdier, ont emprunté aux musiciens la spontanéité de la gestuelle. Comment faire autrement pour créer ? L'actrice Juliette Binoche confiait sur France Inter "qu'il existe une magie dans le travail des artistes : celle qui consiste à faire descendre une intention dans la matière".


Dans le Concert de Peinture, la gestuelle des intentions était totalement absente dans les premières années. Elle s'est imposée naturellement avec le temps. Une forme chorégraphique étrange est apparue. Là où certains y verront une exagération théâtrale, Mathias Duhamel soutient que, sans cette gestuelle expressive, la matière picturale ne pourrait rejoindre la matière sonore de la musique.

bottom of page